Percevoir notre rapport à la tech grâce aux films d’animation

Écrit par : Tobias M.B. le 2026-05-11

Une reflexion sur les messages transmit dans les films d'animation par rapport à la nature et la technologie

Le logo Astro sur un fond sombre avec une lueur rose.

S’il y a bien un médium que je n’ai jamais cessé de consommer c’est celui-ci. D’autant que je me souvienne, les films d’animation m’ont toujours fasciné. Je trouve que la capacité à inventer et innover dans ce médium est infinie. Les couleurs, les styles visuels, les mondes, les univers. Tout ce que j’ai dans ma tête peut se matérialiser très fidèlement à l’écran. On est dans le rêve pur pour moi.

Mais les films d’animation restent des films et transmettent eux aussi des messages. Ils mettent en avant des morales qui impactent leur public indirectement mais durablement à force d’être répétées. Quoi de plus efficace pour faire adhérer une large masse à notre cause ? C’est cette propagande douce qui est de plus en plus employée dans le monde. D’abord le soft power américain, qui a occidentalisé une bonne partie du monde. Très vite le Japon qui fascinait avec ses mangas notamment. L’Europe qui n’est pas en reste, avec ses histoires médiévales. Récemment la Corée démontre un véritable raz-de-marée avec plusieurs média tels que la K-pop ou le jeu vidéo entre autres.

La nature et la technologie n’ont pas été mise de côté dans cette histoire. Ces thèmes sont très largement repris et illustrés dans les films d’animation. Cet usage sur le long terme nous permet de voir l’évolution de notre rapport à la technologie et l’impact de cette dernière que nous imaginons sur la nature.

D’abord une technologie qui détruit

Ah, les films du grand Miyazaki. Rien que d’y penser je me retrouve déjà avec les musiques de Mon Voisin Totoro ou encore Arrietty le petit monde des chapardeurs. L’onirisme constant et spécifique à cet auteur rend ses œuvres identifiables presque au premier regard. Le bien être qui se dégage de ces créations est en grande partie lié à la douceur de la nature qui y est representé. On y voit en effet bien souvent des personnages vivre lentement, en pleine harmonie avec la nature. Ici, l’homme ne cherche pas à dompter son environnement mais à vivre en harmonie avec ce dernier, en le respectant.

La technologie fait son apparition dans quelques œuvres et nous dépeint une vision obscure et un futur à fuir. Dans Nausicäa et la vallée du vent (1984), ce sont les progrès industriels de l’Homme et la guerre qui ont ont dégradé la nature. Dans cette œuvre, la technologie n’est pas vue comme un progrès mais comme une direction qui a perverti l’Homme et l’a éloigné de ce qu’il était.

Le château dans le ciel

Dans la même période, Le château dans le ciel (1986) nous montre une technologie si puissante qu’elle pourrait absolument tout détruire. Les personnes qui la convoitent ont elles-mêmes des difficultés à la maîtriser. On retrouve ici un message de fuite « la puissance que nous procure la technologie nous mènera à notre perte ». Ce qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler la puissance des bombes atomiques qui ont été lâchées sur le Japon un peu plus tôt dans l’histoire. L’Homme va trop loin avec la technologie et doit ralentir.

Ensuite, une technologie qui nous diminue

wall-e

Pendant longtemps ce message de destruction a été largement prédominant dans la scène cinématographique. À partir des années 2000, on voit également se projeter la notion d’asservissement ou de diminution de l’Homme. Nous sommes tellement devenus dépendants que nous constatons que sans la technologie, nous ne savons plus rien faire. C’est exactement ce que l’on retrouve dans Wall-E (2008).

Ici, non seulement la gourmandise de l’Homme et son désir de croissance infinie nous a amené à rendre la Terre invivable. Nous sommes tout de même la seule espèce à détruire son propre lieu de vie en pleine conscience, mais tant que notre confort n’est pas irrémédiablement impacté, aucune raison d’intervernir.

Il ne reste sur Terre que des robots pour la nettoyer. Pendant ce temps, les humains vivent loin de cette décharge dans une station où absolument tout est fait pour eux. Complètement dépendant de la technologie, il ne se nourrissent plus sans elle, ne se déplacent plus sans elle et ne vivent qu’à travers leurs écrans fixés à leurs fauteuils. Cette dépendance illustrée avec une anticipation étonnante montre également que la technologie éloigne socialement les individus.

Le film invite, tout comme avec ceux des studios Ghibli, à ralentir. « Mettons de côté régulièrement cette technologie pour connecter à la nature, entre nous, et vivre le réel ».

Aujourd’hui une technologie qui nous rapproche de la nature

Sur ces dernières années, on observe un changement majeur du rapport à la technologie dans ces œuvres. Celle-ci n’est plus que destructrice, mais au contraire, elle pourrait même se présenter comme la solution dans certains cas, nous aidant même pour revenir à l’essentiel. C’est le cas notamment du film Le robot sauvage (2024) qui nous montre une fois encore une humanité qui s’est éloignée de la nature. L’Homme a préféré dompter la technologie et la pousser au point de créer ce dont il avait besoin pour se passer de la nature. C’est une armée de robots dotés d’intelligence artificielle qui s’occupe notamment de l’agriculture, mais aussi des tâches ménagères, de jouer avec les enfants, d’aller aider les personnes âgées.

Le films nous montre une fois de plus l’éloignement social créé par la technologie et notre dépendance à celle-ci. Mais sur l’intrigue principale, l’œuvre met en scène un robot qui serait dotée d’une intelligence artificielle plus poussée que la moyenne et qui, par une suite d’événements fortuits se mets à aider les animaux en pleine nature. Ce robot fini même par y trouver sa place et considère ces animaux comme sa famille. On assiste ici à un message nouveau qui nous montre que la technologie peut trouver sa place dans la nature. Si on la guide correctement, elle peut faire le bien et nous emmener dans la bonne direction. Il est a rappeler d’ailleurs que le personnage principal est une intelligence artificielle et non un humain, et le récit nous pousse à éprouver de la compassion pour ce personnage tout du long.

Un peu plus récent encore, le film Jumpers (2026), du studio Pixar, à l’instar de Wall-E, nous illustre ici un message similaire où la technologie nous rapproche de la nature. En effet, la petite Meble arrive à entrer au contact des animaux grâce à une sorte d’animatronique du futur dans lequel elle peut y transférer son esprit grâce à une invention de sa professeure d’université. Ici, c’est bien la technologie qui permet à la nature et à l’Homme de vivre en harmonie. Cette dernière est illustrée comme la solution qui permet la communication entre l’Homme et la nature, qui ne se comprenait plus.

Finalement, un changement de direction de la société

Je tiens à préciser que je n’aborde le sujet qu’à travers les films d’animation. Je pourrais évidemment râtisser plus large dans mon analyse mais la spécificité des films d’animation est qu’elle s’adresse autant aux enfants qu’aux parents. C’est le public le plus large possible. Et rappelons-le : Les enfants sont notre avenir. Leur transmettre les bonnes valeurs et les bons messages sont cruciaux pour faire avancer le monde dans la bonne direction.

Qu’observe-t-on ici ? Une évolution des messages, je penses très liée aux différents contextes historiques mais qui influeront les plus jeunes dans une direction différente de la population adulte actuelle.

Les films Miyazaki cités ont exposé les dangers de la technologie, dans une période d’après guerre du monde, et dans un contexte de guerre froide où tout pouvait recommencer. La période de Wall-E illustrait la prise de conscience que les 30 glorieuses étaient belles et bien derrière nous, et la découverte de l’impact de l’Homme sur le changement climatique nous incite à ce moment là à prôner le ralentissement pour éviter de tout perdre, au lieu de se mettre des oeillères et de continuer malgré tout.

Mais aujourd’hui, quel phénomène majeur nous pousse à mettre en avant la technologie, la robotique, l’IA comme une solution pour l’avenir ? Personnellement, ce n’est pas l’usage de ces derniers dans les guerres actuelles qui va m’y convaincre. Ce n’est pas non plus le désastre écologique à venir pour produire ces robots et alimenter ces IA qui saura me séduire.

Alors quoi ? Serait-ce un phénomène cyclique qui amènerait à nouveau les techno-solutionnistes sur le devant de la scène, prônant une nouvelle fois la technologie comme remède miracle à nos maux ? Ou bien de manière très pragmatique, cette déferlante inédite de consumérisme, qui pousse, encore plus qu’avant, à convaincre la population des bienfaits de la technologie afin de mieux la vendre et facilement l’implanter dans notre quotidien ?

J’espère que cet article vous a plu ! Et s’il vous a fait soulever un sourcil chez vous et vous a incité à prendre du recul sur les films d’animation alors n’hésitez pas à m’en parler sur les réseaux.